La demande arrive presque toujours dans les mêmes termes : « j'ai une interview la semaine prochaine, il faudrait qu'on prépare mes réponses ». C'est une bonne intention, mais c'est le mauvais objet de travail.

Apprendre des réponses produit un effet inverse à celui recherché. Sous pression, une réponse mémorisée s'entend : le débit change, le regard cherche le texte, et le journaliste sent immédiatement qu'il y a un mur. Un mur, ça donne envie de creuser à côté.

Ce qui tient réellement sous pression, c'est autre chose.

Trois messages, pas trente

La préparation utile commence par une réduction brutale. Quels sont les deux ou trois éléments que vous voulez que le lecteur retienne, même s'il ne garde que dix secondes de l'échange ?

Trois messages, formulés dans vos mots, avec pour chacun un exemple concret et si possible un chiffre. Pas un argumentaire de deux pages : trois idées que vous pourriez énoncer réveillé en pleine nuit.

L'intérêt n'est pas de les réciter. C'est de disposer d'un point de retour. Quelle que soit la question — y compris celle que vous n'avez pas vue venir — vous savez toujours vers quoi ramener la conversation. C'est cette boussole qui remplace le script.

Nommer les questions que vous redoutez

Il y a toujours deux ou trois questions dont vous espérez qu'elles ne seront pas posées. Ce sont exactement celles qui seront posées, et elles ne sont jamais une surprise pour personne d'autre que vous.

L'exercice consiste à les écrire noir sur blanc, dans leur formulation la plus désagréable — celle d'un journaliste qui ne vous ménage pas. Puis à y répondre à voix haute. Pas à l'écrit : à voix haute, ce n'est pas le même exercice.

Une question redoutée qui a déjà été formulée et travaillée perd l'essentiel de son pouvoir. Ce qui déstabilise en interview, ce n'est presque jamais la difficulté de la question. C'est l'effet de surprise.

S'entraîner en conditions réelles

Un entraînement où l'on est bienveillant ne sert à rien. Ce qu'il faut reproduire, c'est l'inconfort : la caméra, le temps limité, l'interlocuteur qui coupe, la relance sur le point faible, le silence tenu un peu trop longtemps pour voir si vous allez ajouter quelque chose que vous regretterez.

C'est désagréable sur le moment, et c'est précisément la valeur de l'exercice : vivre l'inconfort une première fois dans une pièce où l'erreur ne coûte rien. Le jour venu, ce n'est plus une première.

Le débrief compte autant que la session. Non pas « c'était bien » ou « c'était moins bien », mais : à quel moment précis avez-vous perdu le fil, quelle formulation a affaibli un message solide, où avez-vous répondu à une question qu'on ne vous posait pas.

Le vrai enjeu

Une interview ne se gagne pas. On peut seulement la perdre — en laissant une phrase malheureuse devenir le titre, ou en donnant l'impression d'avoir quelque chose à cacher.

Bien préparée, elle fait le travail qu'on attend d'elle : votre message passe, dans vos mots, sans que la forme prenne le pas sur le fond. Cela ne s'improvise pas, mais cela s'apprend — et beaucoup plus vite que la plupart des dirigeants ne l'imaginent.